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enjeux actuels de la collectionCollectionner demeure une
activité toujours actuelle qui doit être repensée en fonction
de l'histoire de l'institution, de son mandat et de ses ressources. À cet
égard, plusieurs questions orientent les pratiques associées au
processus de sélection des objets et aux moyens de donner accès
à la collection. Que conserver ? Comment développer les collections
et les diffuser ? Une réflexion collective s'impose. Comme on peut
le constater, ce n'est pas la rareté des objets qui, au Québec,
mettra un frein au développement de collections. La création, la
productivité, les inventions, les découvertes semblent se multiplier
à une vitesse exponentielle, et il faut se demander si les musées
auront les ressources humaines et matérielles pour remplir leurs rôles.
De plus, de nouveaux objets apparaissent qui caractérisent nos sociétés
technologiques et surconsommatrices; le musée ne semble toutefois pas disposer
des outils conceptuels et physiques appropriés pour leur collectionnement.
Des uvres sont créées dans le secteur des arts visuels et
médiatiques, et l'on peut se demander si le musée, tel qu'on le
connaît, est le mieux équipé pour les conserver et les diffuser
à long terme. Face à la pression qu'impose la quantité
d'objets à collectionner, le musée doit se poser les questions liées
à la pertinence de ses collections, à leur représentativité,
à l'importance et à l'intérêt de les conserver de même
qu'à l'orientation à donner à leur développement (LACROIX
1999). Ainsi, différentes solutions sont mises en place afin de favoriser
une meilleure insertion des collections dans l'ensemble des activités du
musée. La création de collections d'études et de collections
dites " éducatives " permet de déplacer vers d'autres
fonctions du musée des objets qui requièrent ainsi une attention
différente et reliée davantage à la qualité de la
pièce. De la même façon, plusieurs musées établissent
des stratégies nouvelles face au déploiement et à l'exposition
de la collection permanente de manière à exploiter davantage le
potentiel qu'offrent ces objets, trop souvent limités à un seul
contexte interprétatif. Certaines pratiques concernant la collection
n'ont pas encore trouvé d'échos dans les musées du Québec.
L'aliénation autorise le musée à se départir de certaines
pièces de sa collection afin d'assurer la cohérence de l'ensemble
en relation avec le mandat de l'institution. Quelques musées canadiens
ont commencé cet exercice d'évaluation de leur collection qui n'est
pas encore pratiquée au Québec. De même, la réserve
ouverte qui donne accès à la totalité de la collection n'a
pas été encore exploitée, bien que l'informatisation des
données et la numérisation des images des uvres de collections
permettent un accès virtuel aux objets et à leur description. Un
travail remarquable s'est d'ailleurs fait dans ce domaine dans les musées
d'État et, depuis 1991, dans les musées privés, avec la création
du Réseau Info-Muse, qui a permis d'encadrer le travail des musées
pour normaliser et diffuser électroniquement leur inventaire. Ces
questions se doublent du fait que la très grande majorité des musées
au Québec ne disposent pas de budgets d'acquisition. Les investissements
directs du secteur public servent surtout à conserver et à documenter
les collections déjà accumulées plutôt qu'à
acquérir de nouveaux objets. Leur sélection est donc tributaire
du choix opéré par le collectionneur qui accepte de se départir
de son bien en faveur de telle ou telle institution. La vigilance des comités
d'acquisition est donc mise à profit afin d'assurer la qualité des
collections publiques. Ainsi, le manque de budget d'acquisition et la législation
en matière de fiscalité favorisent les collectionneurs et forcent
plusieurs musées au Québec à accueillir des objets qui ne
sont pas nécessairement prioritaires pour l'acquisition étant donné
leur mandat, leurs ressources humaines et physiques et les axes de développement
de leurs collections. L'absence de ressources financières demeure donc
un frein au développement plus rigoureux et cohérent des collections. L'acquisition
n'est que la première étape du processus de collectionnement et
les aspects reliés à l'inventaire, à la documentation, à
la recherche puis à l'interprétation et à la diffusion font
payer un lourd tribut au musée. Réunir des objets est une chose,
les conserver, les documenter et leur redonner vie est très exigeant et
demande des ressources toujours renouvelées.
Les nouvelles approches qui ont été mises au point, depuis
un quart de siècle, face à la collection sont prometteuses,
mais il faut apprendre à collectionner de manière collective.
Cette nouvelle obligation implique que les musées seront invités,
encore plus qu'ils ne le sont maintenant, à partager leurs ressources
en ce qui concerne les collections. Des activités de diffusion
sont en cours, des réserves communes sont en voie d'élaboration
à Montréal et à Québec, mais il faut aussi
repenser ensemble les champs de collectionnement en rapport avec les mandats
et les moyens des différents musées.
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Laurier Lacroix
Université du Québec à Montréal
11 avril 2002
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